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N° 4 / Février 2007 - Les filles d’abord! PDF Imprimer Envoyer

h-08 Former, éduquer. C’est la priorité des priorités pour que l’Afrique retrouve une puissance mobilisatrice grâce à l’initiative des femmes. Le pari n’est pas gagné si l’on connaît les entraves et les situations de précarité du continent.

Qu’à cela ne tienne…
«Eduquer une fille, c’est éduquer une nation». C’était le titre d’un clip, qui pendant plusieurs mois, a tenu le haut du classement sur la chaîne d’une télévision publique africaine. En plus des qualités artistiques déployées dans le vecteur, on voit et entend le chanteur inviter à la scolarisation des filles. On ne croirait pas si bien dire en mesurant les défis auxquels sont confrontés aujourd’hui des pays si mal lotis par les chiffres de performance. Prenons par exemple le Mali. En 2005, selon l’indice de développement humain (IDH), 63,8% de sa population vit dans la pauvreté et 21 % dans l’extrême pauvreté. Le revenu par habitant est estimé à 268 dollars. L’analphabétisme des hommes représente 73,3% et celui des femmes 88,1%. Convenez que sur le plan des chiffres, ce n’est pas ici forcément la joie. Et comme si la situation de pauvreté ne suffisait pas, la dette vient s’ajouter. J’en connais qui doivent rendre gorge à hauteur de 2,7 milliards de dollars. Soit le travail de quatre générations ! Ajoutons à ce tableau un service de la dette. Ce dernier est infernal et vicieux. Si vicieux qu’on finit par emprunter de l’argent pour rembourser comme le démontre dramatiquement ce film de Olivier Zuchuat intitulé «Djourou, une corde à ton cou» (sorti en France le 8 juin 2005). Dans de pareilles conditions, s’il faut parler de développement, tout semble prioritaire : la santé, les routes, l’eau potable. La tentation est grande de relayer à l’arrière-plan l’éducation ou la formation des filles.

Et pourtant

Lorsque l’homme africain parle de l’éducation des filles qui doit déboucher plus tard sur la participation de la femme aux décisions, c’est souvent avec un brin de gêne. Ou avec le sentiment que dans ce domaine, le poids de la tradition pèse et que le chemin reste trop long. Il en va de même si c’est une femme, de surcroît, lettrée ou venant d’ailleurs. Il n’est pas rare d’entendre dire encore: «A quoi servent les études et le diplôme qui finissent dans une casserole». Si ici et là des femmes africaines se montrent très actives, elles restent de grandes absentes dans les lieux où se décide l’avenir du continent. D’où la nécessité de sensibiliser les Africaines et les Africains au fait qu’un continent qui se construit sans l’apport des femmes est hémiplégique. Seule une éducation libératrice peut aider à la promotion réelle des femmes pour une participation équitable dans tous les secteurs de la vie sociale et en vue de la construction d’une société juste. Il faut un nouvel ordre mental, tant du côté des hommes que des femmes. C’est en partenaires que femmes et hommes doivent inventer l’Afrique, affronter des défis. Les femmes africaines ne sont peut-être pas instruites, mais elles ne sont pas ignorantes pour autant. Elles ont un art, un savoir-vivre et un savoir-faire incroyables! IMG_3975 Avec un peu d’appui, elles sont capables de trouver elles-mêmes leurs propres solutions. D’où l’importance des groupements féminins. Les «militantes» des milieux associatifs en connaissent déjà les retombées avec fierté. Microcrédit, moutons de case et autres tontines le prouvent à souhait. Une question cependant: décideurs politiques et acteurs de la macro-économie prennent-ils suffisamment en compte de telles contributions ? Sans se voiler la face, on sait qu’avec les programmes d’ajustement structurels imposés par les institutions Bretton Woods (BM et FMI) dans les années 80, ce sont les femmes qui portèrent sur leurs épaules le continent. Investir dans leur éducation, leur accorder le juste crédit est non seulement un juste retour des choses, mais aussi le but pour un développement humain et durable.

Apprendre à pêcher le poisson

Le Mali vit depuis maintenant une quinzaine d’années un phénomène inédit dans l’histoire, l’accès à l’école: des villageois, conscients que l’état ne pouvait pas tout, construisent eux-mêmes une case en banco ou parfois une paillote pour servir de salle de classe, se trouvent un ancien qu’ils paient en céréales. Ce sont les écoles communautaires. Pourvu que les enfants soient scolarisés et acquièrent ainsi
une ouverture sur le monde d’aujourd’hui. Il faut le dire, le gouvernement, tout en étant soulagé et encouragé par pareilles initiatives, apporte aussi sa part grâce au service d’encadrement pédagogique des «enseignants». Et lorsque des partenaires extérieurs apparaissent, la solidarité se fait encore plus agissante. Tout l’effort des associations ne pourrait-il pas être cette volonté d’appuyer des initiatives locales, d’apprendre à pêcher le poisson plutôt que de le donner. Dans le long terme, il est notoire que les «aides-parachutées» (prends le reste dont je n’ai pas besoin), les «aides-valises» (tu dois faire ce que je pense et ce que je dis), ou encore les «aide-piédestales» (m’as-tu-vu ?) ont peu d’impact sur les populations qui reçoivent. Tout juste si elles n’atterrissent pas dans des concessions trouées et sans fond. Que les partenaires du développement se le disent. La formation et l’éducation des femmes et des filles impriment une responsabilité à laquelle nul ne saurait se soustraire. Car c’est de l’avenir qu’il s’agit: l’avenir de l’homme, l’avenir du monde solidaire.
Zufo Alexis Dembele, Journaliste

 

Pensée

«Se rappeler que notre action n’a de sens que si elle change quelque chose dans la vie des gens, sachant que ces derniers sont les véritables acteurs du changement.»
Enda Graf Sahel
 

Notre force

L’ONG Prométhée, notre partenaire malien qui assure depuis plusieurs années la gestion et le suivi des projets en cours.
 

Des membres de l'ONG Prométhée:

«Vous avez fait de nous des hommes et des femmes respectables au sein même de leur environnement».
 

Notre moyen:

Le microcrédit, qui n’est pas un don, mais un prêt remboursable.
 

Notre moteur:

Les résultats encourageants sur le terrain et les paroles de nos partenaires.

2008-Poulets-v

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