... mais pas à la Prévert
Trouver un cybercafé bien placé et bien équipé, marcher dans la poussière, boire le premier thé, m’asseoir dans la cour, goûter le poisson séché, me connecter, attendre le retour du patron du «cyber» parti pour la prière, marchander un pagne, me faire avoir, recevoir des mails, taper des rapports, boire le deuxième thé, classer des reçus, envoyer des sms, apprécier une bière, faire un discours de remerciements, envoyer des mails, rentrer de nuit, contrôler des chiffres, chasser les mouches, attendre le retour du directeur du développement social, éconduire un piroguier, photographier de trop loin, contrôler des chiffres, attendre que l’on donne la route, me battre contre les moustiques, calculer le nombre de litres d’essence en fonction du prix du litre proposé et du montant total désiré, survivre à des séances de comité marathon de 3 à 4 heures avec Prométhée, découvrir une réalité d’extrême pauvreté, commander des couteaux tamacheks, plancher sur un modèle comptable, sourire aux bébés, traverser en pirogue, boire le troisième thé, danser sur les rythmes africains d’une sono, saluer en bambara, évaluer l’impact d’une formation en couture, prendre le temps de parler avec chacun, faire un discours de bienvenue, planifier des rendez-vous, assister à un cours de français sur le rôle du poète d’après un livre scolaire français de 1930, rencontrer des femmes fortes et courageuses, rouler sur des pistes esquissées à même le désert, manger avec la main droite dans le plat unique, saluer le médecin chef du département de la santé, envisager la transformation de machines à coudre électriques en machines à pied, serrer des mains, demander la traduction, discuter du déroulement de la formation en santé, rire avec les potières, annoncer ma visite, douter, discuter, écouter, patienter, partir, revenir, philosopher, témoigner, comparer ce qui n’est pas comparable… et j’en passe !
Sachez juste qu’ici, il convient de donner du temps au temps !
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