Ombres…
Si les remboursements sont en général très satisfaisants, certains cas particuliers posent problème pour des raisons aussi diverses que surprenantes.
Mise en bouteille
La présidente d’une union de nombreux villages ayant collecté tous les remboursements des associations décide, somme toute, de les utiliser à des fins personnelles. Devant l’insistance de l’ONG Prométhée au remboursement des fonds, elle prétexte d’abord une perte, puis un vol avant de conclure par cette magnifique phrase : « J’ai dépensé votre argent comme bon me semble. Mettez-moi dans une bouteille si vous pouvez ! ». Une plainte est déposée auprès du Procureur de la République et, quatre jours plus tard, la présidente est arrêtée, enfermée un mois et demi en prison, jugée et accusée de détournement, d’abus de confiance et d’escroquerie. Elle est condamnée à une année de prison avec sursis, à la saisie de sa maison et à une date limite pour rembourser son vol qui a prétérité des centaines de femmes dans cette union d’associations.
Raté, Caramba !
Une association, ayant entendu parler des microcrédits prêtés par l’ONG Prométhée, insiste auprès d’elle pour une rencontre au village qui pourrait déboucher sur une dotation. Durant la visite et l’étude de fiabilité de cette association, les représentants de l’ONG se rendent compte assez rapidement que quelque chose détonne. Les femmes se coupent la parole, se contredisent, se disputent, n’arrivent pas à s’accorder sur le nombre de membres, le montant de la cotisation ou le nom de la trésorière ! L’animateur de ces dames s’arrache les cheveux. Il les avait pourtant bien préparées à répondre d’une seule voix d’écolières à toutes les questions de Prométhée ! Les cas d’associations fictives nées par appâtdu gain sont monnaie courante mais, heureusement, rapidement détectées.
Solidaires
Dans une association où les microcrédits sont placés dans l’élevage des moutons, Awa voit ses deux agneaux décimés par la maladie. Elle n’a plus les moyens de rembourser son emprunt. L’association est au pied du mur car elle est solidaire de ses membres et garante des remboursements. Les cotisations accumulées servent justement à prendre en charge ce genre de situation. Si les membres n’ont pas cotisé, elles sont dans l’obligation de rembourser l’emprunt d’Awa sous peine de ne plus obtenir de crédits auprès de l’ONG Prométhée. Dans ce même village, plusieurs femmes, au moment de l’échéance, empruntent à leur mari la somme due à l’association. Elles évitent ainsi de vendre leurs moutons, continuent à les engraisser jusqu’à ce qu’ils atteignent un prix intéressant pour augmenter les bénéfices et rembourser leur mari.
Ah ! ces hommes…
Deux femmes d’un village peulh se voient interdites de remboursement par leurs maris. L’un d’entre eux se rend chez la présidente de l’association et lui lance: « Ma femme ne rendra pas son prêt car ton grand-père n’a jamais fini de rembourser la dot de notre grand-mère ! ». Atou, elle, se voit dépossédée de son prêt par son mari qui emploie l’argent pour se fiancer avec « la plus belle fille du village en vue de se rajeunir » ! Atou ne peut qu’obtempérer, polygamie oblige. Dans le cas contraire, elle serait répudiée, ses enfants traités d’illégitimes et chassés de la famille paternelle. Les comités desdiverses associations ont appris, avec l’expérience, la prudence dans le choix des femmes qui obtiennent un prêt. Les femmes trop pauvres, les femmes aux maris gourmands, celles, incapables de gérer un petit fonds, sont des dangers que les associations ne courent plus.
Mauvaises affaires
Investir dans le commerce suppose des prises de risques. Ainsi, Bintou, en pays dogon grand producteur d’ail, a acheté pour 250 frs. d’ail frais à 1.90 frs le kg. L’ail a séché, perdu de son poids et le prix de vente a chuté à CHF 1.50 frs. suite à l’importation de l’ail du Niger. Plutôt que de vendre à perte, Bintou a préféré garder son stock et attendre la hausse des prix. Non seulement les prix n’ont pas bougé, mais on lui a volé 50 kg d’ail dans son grenier! Aujourd’hui, Bintou rembourse petit à petit et l’expérience est amère. Aminata, elle, a toujours fait commerce de poisson séché et gagnait des revenus suffisants pour elle-même et sa famille. Un soir, elle rencontre, au marché noir, un vendeur de magnifiques perles anciennes à des prix défiant toute concurrence. Voyant déjà miroiter les bénéfices, Aminata engage les 125 frs. du prêt qu’elle vient de recevoir de son association. A peine les bijoux dans son bagage de tête, elle se voit arrêtée par un homme qui l’oblige à restituer les perles qui, soi-disant, lui ont été volées. Elle est menacée de dénonciation pour recel au cousin du beau-frère de son mari qui est commissaire de police. Les larrons ont fait de bonnes affaires et Aminata n’a plus que ses yeux pour pleurer son mauvais choix et l’envol de son poisson séché!
Le comité d’Idées’Elles
… et lumières
L’évaluation des microcrédits concerne le 1er semestre 2009 puisque les prêts sont accordés sur 6 mois
L’évaluation du 2ème semestre 2009 se fera en janvier 2010 mais, d’ores et déjà, nous pouvons tirer des conclusions intéressantes sur le mouvement des fonds et sur le nombre de bénéficiaires.
Capital et prêts
Au 30 juin 2009, le capital microcrédit s’élevait à 330’000 frs. Le taux de remboursement atteignait 93% et 76 associations féminines ont touché un prêt. En évaluant une somme moyenne de 40 frs. par femme, on peut considérer que 5’700 femmes ont été bénéficiaires d’un microcrédit. L’estimation est difficile car, selon les activités entreprises et le nombre de membres d’une association, certaines femmes touchent 12.50 frs. et d’autres 125 frs. En conclusion, nous pouvons déduire que, pour les deux semestres de l’année 2009, 10’000 mères de famille ont été aidées. Ce chiffre était le but de nos campagnes de recherches de fonds et notre association ne peut que remercier tous ses donateurs et féliciter l’ONG Prométhée pour le travail accompli durant toute cette année!
Prévoir les risques
D’une manière générale, le système a, comme avantage, l’adéquation complète avec les réalités régionales. Il ne crée pas de besoins supplémentaires mais il répond à des demandes locales. Un protocole d’accord signé entre l’association et l’ONG Prométhée fixe l’appui financier, le taux d’intérêt et la date de remboursement (10% d’intérêt pour 6 mois). Les associations sont accompagnées sur la durée du contrat par des programmes de gestion des microcrédits, de sensibilisation à l’hygiène familiale, à la santé préventive qui sont considérés comme des facteurs de réduction des risques. La proximité culturelle et géographique entre l’ONG Prométhée et les associations féminines suscite et exige la confiance de part et d’autre. Une confiance qui a été mise à rude épreuve en 2008 puisqu’il y a eu détournement de fonds et appel à la justice. Il est impératif de sélectionner les associations féminines fiables et sérieuses. Une sélection qui induit inévitablement des injustices envers les membres qui, elles, remboursent et essuient pourtant les agissements malhonnêtes de leur présidente. Mais la préservation du capital microcrédit est à ce prix.
Préserver les acquis
Un code éthique rédigé par l’ONG Prométhée garantit les modalités qui privilégient les associations féminines les plus démunies et les plus fragiles des contrées très enclavées, ceci malgré les nombreux risques liés à l’analphabétisme, à l’éloignement, aux aléas climatiques, à l’inflation, etc. Un microcrédit solidaire et rentable est-il possible? Ces deux termes nesont-ils pas antinomiques ? Les questions ci-dessous, posées par notre partenaire Prométhée, devront bien trouver une réponse.
- « Si l’ONG Prométhée devait intégrer une économie de marché avec ses lois et ses contraintes, comment parviendrait-elle à humaniser un microcrédit qui puisse s’harmoniser avec une économie solidaire pour des femmes vivant dans des milieux enclavés et défavorisés ?
- Comment faire en sorte qu’une petite économie locale émergente puisse résister devant une économie régie par un libéralisme financier qui s’autorégule ?
- Comment faire en sorte que les produits des associations féminines ne soient point concurrencés par ceux subventionnés par le Nord dans les marchés locaux du Sud ?
- Présentement, pouvons-nous être autonomes financièrement et structurellement tout en adoptant une éthique convenable pour nous et pour les femmes avec qui nous travaillons?»
- Autant de questions qui nous laissent perplexes dans la mesure où nous n’avons aucune emprise sur la conjoncture internationale. C’est là que notre réflexion à tous doit trouver des réponses créatives et originales.
Avancer sur tous les fronts
Tous les projets mis sur pied s’inscrivent dans une même démarche qui est d’avancer, par des activités diversifiées, sur plusieurs fronts en vue de l’amélioration des conditions de vie d’une centaine de villages démunis et enclavés :
- Microcrédits pour 130 associations féminines (plus de 10’000 femmes)
- Formations à la gestion des microcrédits
- Projet Santé au Village : sensibilisation et prévention aux maladies les plus courantes, à l’hygiène, à la nutrition, création de caisses à pharmacie communautaires et formation de gérantes de ces caisses (60 villages), formation des accoucheuses traditionnelles (80 villages), formation des animateurs de l’ONG Prométhée dans de nombreux domaines
- Accès à l’eau potable (voir projet pilote Eau Propre p.6)
- Constructions et équipements d’écoles
- Projet de radios locales (en préparation)
Un exemple : grâce à l’engagement de l’association féminine, le village de Touré Tassembé, en pays Dogon, commence à lutter contre la pauvreté : il dispose en permanence de microcrédits, d’une école construite en 2006, d’une caisse à pharmacie, d’une formation régulière des femmes aux problèmes d’hygiène et de maladies courantes et d’une formation continue aux accoucheuses traditionnelles du village.
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