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Nous étions 14 membres d’Idées’Elles à partir au Mali à la rencontre des associations féminines soutenues par des microcrédits. Quelques impressions de voyage.
Merci à Idées’Elles d’avoir organisé ce voyage et de m’avoir permis ainsi de vivre de merveilleux instants de découvertes: un pays riche d’histoire, des villes vivantes, des habitants accueillants et chaleureux, la réussite des microcrédits sur le terrain, des visites de villages inoubliables, un voyage fabuleux sur le Niger, une nuit magique et irréelle dans le pays dogon, des camarades de voyage qui sont vite devenus des amis, une somme de souvenirs impérissables…

Irréel mais non virtuel !
Nous voilà enfin arrivés à Saoula Kum, un village perdu sur le plateau dogon, au bout du monde, et j’ai passé là des moments inoubliables. Tout le village nous avait accueillis avec costumes, honneurs, discours, cadeaux…
Voilà, mon cher Henri, que je t’interromps déjà pour rappeler celui, magnifique, que nous a offert le chef du village : un boeuf ! Complètement paniqué, il tirait sur sa corde en sentant, ou l’odeur des étrangers ou celle de la casserole. Les femmes de l’association, elles, nous ont présenté un fier bélier en hommage à notre venue et dont la tête nous a été servie le lendemain, au petit-déjeuner ! Tu as sauvé la face d’Idées’Elles et de ses membres qui faisaient la fine bouche et tu t’es servi sans broncher, en appréciant chaque bouchée au grand plaisir des cuisinières !
Nous avions planté nos tentes à proximité du village de Saoula Kum. La fête a duré toute la nuit. Tam-tams, danses, chants. Près d’un feu de bois, au milieu d’un cercle, au son de chants répétitifs et envoûtants, deux jeunes gens, à tour de rôle, mimaient la danse des bergers sur des paroles traditionnelles: « Le brave ne craint pas le froid, le brave ne craint pas la chaleur, le changement est partout, mais la vertu ne connaît pas l’inconstance… ». Rythmes africains, obsédants, repris jusqu’au matin, à chaque paire de danseurs succédant une autre paire de danseurs comme, me semblait-il, depuis l’origine du monde chez les Dogons. Dans une case à peine éloignée, un groupe de chanteuses, dirigé par une soliste à laquelle répondaient un chœur et une calebasse déguisée en tam-tam, reprenait inlassablement un même air sur des paroles improvisées, selon leur coutume. Même prononcé en langue dogon, j’ai compris à plusieurs reprises le nom d’Idées’Elles. Un animateur de Prométhée nous a expliqué le sens de ces chants et des paroles qui nous étaient destinés. Chez les Dogons, l’étranger est un hôte de marque. Il apporte des connaissances nouvelles et permet des échanges. Le chant est un dialogue dans une forme poétique. La soliste, Adjoumari, s’adresse à l’étranger et lui dit : « Dis-moi, étranger, comment est ton pays ? Dans mon village pousse le mil, il nourrit nos enfants, le soleil brûle nos champs puis la pluie les arrose, les brebis allaitent leurs agneaux, le berger les observe à l’ombre du baobab... Et chez toi, étranger, comment sont les choses? » De temps en temps, une chanteuse, dans le choeur, répondait à notre place, en langue dogon. Il nous a encore été traduit que si le nom d’Elisabeth était cité, c’était pour lui souhaiter longue vie et mille bénédictions. Des bénédictions, il y en a eu pour tous les membres de Prométhée et de notre groupe. Le chant était magique, il a plané sur le camp jusqu’au matin…
J’aime à me souvenir, cher Henri, que lorsque la poétesse a entonné un chant en ton honneur, elle a, comme dans les mélopées d’antan, salué « celui dont on ne connaît pas le nom ». Quelle étrange ambiance… Nous étions transportés dans un monde où ne comptaient que l’intensité du moment présent et le privilège d’assister à des rites ancestraux. Au milieu de cette nuit-là, nous sommes sortis de la case des chanteuses et, levant le nez aux étoiles, nous avons reconnu la Grande Ourse qui apparaît très tard dans l’immensité silencieuse d’un ciel africain si proche de nos regards. Un beau cadeau que cette nuit-là…
Janvier 2008 - Henri Carron / Elisabeth Sola
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