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La falaise de Bandiagara est une longue chaîne de grès s'étirant du sud au nord-est sur une distance de 200 km et prolongée par le massif de la Gandamia, lui-même terminé par le Mont Hombori, le plus haut sommet du Mali (avec 1155 mètres). C'est l'un des sites les plus imposants d'Afrique de l'Ouest, que ce soit par ses caractéristiques archéologiques, ethnologiques ou géologiques. Une partie des falaises se trouvent au Burkina Faso, pays voisin.

Dans la paroi d'un couloir rocheux nommé toloy et situé non loin de Sangha, une grotte a livré les premières traces d'occupation humaine : des greniers faits de boudins de glaise superposés, de la poterie et des restes de végétaux, remontant aux IIIe et IIe siècles avant notre ère. Cette phase culturelle est nommée toloy. Treize siècles plus tard, ces greniers furent réutilisés par les Tellem. Dans les flancs de la falaise vivaient en troglodytes les Tellem, une ethnie de chasseurs-cueilleurs qui quitta la falaise suite à l'arrivée des Dogons et aux modifications environnementales apportées par leur mode de vie d'agriculteurs. Des dizaines de villages sont situés le long de la falaise comme Sangha ou Kani Bonzon où arrivèrent les Dogons au xive siècle. Les Dogons préservèrent les constructions Tellem, et développèrent leurs villages en contrebas des sites tellems. Ces dernières années le tourisme sur la falaise s'est énormément développé en raison de l'attrait occidental croissant pour la culture et l'imaginaire dogons, notamment offerts au grand public par les films de Jean Rouch.
Le pays dogon est devenu la première région touristique du Mali et de l’Afrique de l’ouest. S’il constitue une source importante de revenus pour les villageois, il ne va pas sans poser problèmes. Des enfants deviennent des mendiants, certains jeunes quittent l’école pour devenir guides sans aucune formation. L'architecture dogon est spécifique. La plupart des villages sont implantés dans la falaise, et accessibles uniquement par des chemins escarpés qui empruntent les failles du plateau. La case traditionnelle est organisée autour d'une cour, chaque femme ayant son grenier auquel le mari n'a pas accès. Le grenier du mari sert à conserver le mil, le grenier des femmes sert, lui, à conserver les condiments et différents objets. Les greniers sont clairements identifiables par leur toiture en seko (paille), celui du mari étant le plus important. Il existe différentes sortes de greniers (appelés guyo) d'architecture spécifique, et ayant une attribution et une symbolique particulière. La musique Dogon est diverse et variée. Elle est étroitement associée aux différents rites: mariages, funérailles etc... La jeune chanteuse malienne Déné Issébéré est l'emblème de cette culture musicale Dogon aussi bien au Mali qu'en dehors des frontières maliennes. Très codifiées, les danses dogons expriment la formation du monde, l'organisation du système solaire, le culte des divinités ou les mystères de la mort. La plus spectaculaire s'exécute sur des échasses appelées "touterelles". La population Dogon est estimée à 300 000 personnes. Ils occupent la région qui va de la falaise de Bandiagara au sud-ouest de la boucle du Niger. Quelques Dogons sont installés dans le nord du Burkina Faso. Les Dogons sont avant tout des cultivateurs, de petit mil, de sorgho et de riz, ainsi que d'oignons et de quelques autres légumes peu exigeants en eau. Le mil, qu'ils entreposent dans des greniers, est la base de leur alimentation, mais la culture de l'oignon (qui représente près d'un tiers des surfaces cultivables de la falaise) est essentielle à leur économie puisqu'ils sont exportés dans les villes alentours et servent de monnaie d'échange avec les autres ethnies (par exemple pour l'achat de poissons aux bozos). Ils élèvent aussi du petit bétail, surtout des moutons et des poulets. Ils sont aussi forgerons réputés. Une étude récente a mis en évidence la production de fer et d'outils en fer forgé du temps des Tellems, et quasi industrielle du xive siècle au xixe siècle à l'époque Dogon. Il apparait que diverses techniques de récupération du fer, à partir du minerai trouvé en divers endroits de la falaise de Bandiagara, aient été mises au point dans différents villages parfois séparés de quelques dizaines de kilomètres. Cette production, déjà avérée sur le site de la falaise pendant plus de mille trois cents ans (à raison d'environ 15 tonnes estimées par an), permet de mieux comprendre le statut particulier et respecté des forgerons dans la société dogon ainsi que les échanges commerciaux que pratiquaient les Dogons. Le tissage du coton est l’affaire des hommes. Les tisserands installent leur métier à tisser sur la voie publique. Dans les villages, le marché a lieu tous les 5 jours, ce qui correspond à la semaine dogon. La lutte traditionnelle est très pratiquée par les garçons et les jeunes hommes. Des tournois réguliers sont organisés entre quartiers et entre villages.
La langue parlée par les Dogons est le dogon qui regroupe plusieurs dialectes. Il existe aussi une langue secrète, le sigi so, langue réservée à la société des masques. Les Dogons sont liés avec l’ethnie des Bozos par la parenté à plaisanterie. Dogons et Bozos se moquent réciproquement mais parallèlement se doivent assistance.
Ils sont réputés pour leur cosmogonie et leurs sculptures. Originellement, ils sont animistes. Bien qu’ayant fui pour éviter l’islamisation (les guerriers peuls les appelaient les « Habés » — païens), la majorité des Dogons sont aujourd’hui musulmans même si les pratiques animistes sont encore bien présentes. Une minorité est chrétienne. Marcel Griaule, ethnologue a étudié les Dogons. En 1946, il a eu des entretiens avec Ogotemmêli, un ancien chasseur devenu aveugle suite à un accident et ayant mis à profit l'inactivité due à son handicap pour approfondir ses connaissances traditionnelles. À partir de ces entretiens, il a publié plusieurs livres, dont le célèbre "Dieu d'eau" (Fayard), sur la cosmogonie dogon. Les Dogons croient en un dieu unique, Amma. Il créa la terre et en fit son épouse qui lui donna un fils, Yurugu ou le « Renard pâle ». C’était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. La terre donna ensuite à Amma un couple d'enfant jumeaux appelés Nommo. Ceux-ci étaient à la fois mâle et femelle. Maîtres de la parole, ils l’enseignèrent aux huit premiers ancêtres des hommes, 4 couples de jumeaux, nés d'un couple façonné dans l'argile par Amma. Les Dogons considèrent que l’origine du monde vient d’une étoile nommée Digitaria, voisine de Sirius. Ce serait la plus petite et la plus lourde des étoiles et contiendrait le germe de toute chose. Cette étoile serait Sirius B, une naine blanche, effectivement une étoile très dense et très lourde mais celle-ci ne fut découverte qu'en 1844 par Friedrich Wilhelm Bessel et Alvan Clark qui calculèrent que sa révolution autour de Sirius était d’environ 50 ans. 60 ans est la durée entre deux cérémonies du Sigui, la principale cérémonie des Dogons. De plus, selon la cosmogonie dogon, Sirius aurait un deuxième satellite, ou plutôt une étoile compagnon, mais il fallut attendre 1995 pour que Jean-Louis Duvent et Daniel Benest, astronomes à l’observatoire de Nice, guidés par des irrégularités apparentes du mouvement de Sirius, soupçonnent l'existence d'une naine rouge hypothétique. À ce jour, l'existence d'une éventuelle Sirius C n'a pas été confirmée. |